Favoriser la transition numérique
tout en contrôlant son empreinte

 septembre 12, 2022

La transition numérique reste un sujet essentiel pour les acteurs culturels et patrimoniaux.

La crise sanitaire a accéléré l’utilisation des outils numériques (réseaux sociaux, streaming, visites virtuelles…). Il est apparu que celui-ci était, notamment, un excellent moyen pour rester en lien avec ses publics…

Cependant, une autre injonction est parallèlement faite aux structures culturelles ; celle de réduire leur impact environnemental. Or si l’on regarde les principaux impacts environnementaux du secteur culturel, on s’aperçoit que le numérique occupe une place non négligeable.  

La question qu’on peut se pose par rapport au sujet de cette présentation est « Comment réussir ce grand écart ? »

Un monde dématérialisé, des impacts avérés…

Selon l’intervenante de la présentation Marguerite Courtel du collectif Les Augures, il est important de rappeler les impacts du numérique sur notre planète. Celui-ci est responsable de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (soit autant que l’aviation civile). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’immatérialité que l’on prête au numérique n’est qu’une chimère.

Aujourd’hui, 80% de l’impact du numérique est lié à la fabrication des équipements. Par exemple, un téléphone portable mobilise l’utilisation de 70 matériaux et métaux différents.

 En effet, pour composer ces matériaux cela nécessite l’extraction et la transformation de ressources abiotiques, tel que le cuivre… 

Cette extraction consomme énormément d’énergie et génère une pollution des sols et de l’eau nocive à la biodiversité et par ricochet à l’Homme… Il faut savoir que la bête noire du numérique ne sont pas les mails que l’on nous invite à trier ou le wifi que l’on nous invite à couper…

 

Les émissions carbones du secteur culturel et patrimonial ne cessent de s’accroitre avec le développement des offres numériques culturelles. Par exemple, la mise en place d’événements accessibles en présentiel et en distanciel.

 

Ainsi, il existe aussi des impacts économiques et sociaux en raison du numérique.  Nos équipements numériques sont bien souvent produits dans des pays ne respectant pas le droit des travailleurs. De plus, le big data et la course aux données engendrent un profilage des utilisateurs. Ensuite, on pense souvent le numérique comme un outil d’accessibilité et de démocratisation. Par ailleurs, il y’a aujourd’hui un Français sur 6 qui n’a pas accès au numérique. Enfin, le numérique peut provoquer des addictions et la fatigue des personnes.

Que faire ?

Dans le but de réduire ces impactes, la première chose à mettre en place est de prolonger la durée de vie des équipements le plus longtemps possible et d’en acheter le moins possible. D’après, Marguerite Courtel, il s’agit de mettre en place une politique d’achats responsables. 

C’est-à-dire, introduire des critères environnementaux dans les appels d’offres, soumettre les fournisseurs potentiels à un questionnaire sur leurs engagements écologiques et sociétaux et exiger des écolabels, exiger une garantie minimum à 5 ans… 

Mais surtout, il est important de sélectionner un appareil dont les performances sont adaptées à ses besoins (rien ne sert, par exemple, d’acheter un ordinateur surpuissant si c’est pour faire de la bureautique).

Effectivement, avant d’acheter du neuf, il est important d’acquérir du matériel de seconde main ou reconditionné, de louer le matériel plutôt que l’acheter et de faire réparer plutôt que de changer. Enfin, le fait d’éviter de laisser au placard des appareils numériques permet aux filières de recyclage de se développer, de se structurer.

Et le mail ? regardez plutôt l’impact de la vidéo !

Est-ce que trier les mails ou limiter les pièces jointes, c’est engager une démarche de numérique responsable ? Pas vraiment selon Marguerite Courtel. En réalité, le transfert et le stockage des mails ne représentent que 0,2 % de l’empreinte carbone totale du numérique mondial…

En revanche, les acteurs culturels pourraient engager une réflexion globale sur l’usage de la vidéo. Aujourd’hui, elle représente 80 % de la bande passante mondiale du web et les vidéos en ligne génèrent 1 % des émissions de Gaz à effet de serre mondiale.  C’est ce qu’a fait Canal en proposant / incitant à ses abonnés sur son application « My Canal » à choisir une qualité de vidéo moindre. Inutile, en effet, de regarder une vidéo en 4K sur un téléphone ou un ordinateur…

Marguerite Courtel conseille d’optimiser les vidéos avec le logiciel Handbrake notamment , de choisir un fournisseur vertueux. Mais aussi de proposer les vidéos en téléchargement plutôt qu’en streaming et de désactivez la lecture automatique des vidéos…

Les contraintes sont fertiles

Difficile pour Marguerite Courtel d’aborder ce vaste sujet du « numérique responsable » dans le temps qui lui a été imparti… 

Pour elle, ce qui est important, c’est de bien analyser si le numérique propose la bonne réponse aux problématiques rencontrées. Car la question n’est pas de remettre en cause l’utilité du numérique, ni de le voir comme la solution à tous les problèmes.

En fin de compte, Marguerite Courtel conclue en citant une citation de Gautier Roussihle  (Chercheur spécialisé sur les enjeux environnementaux de la numérisation) : 

« écoconcevoir un service numérique exige une plus grande précision car il faut répondre à 80 % des usages avec seulement 20 % de ressources mais ces contraintes sont extrêmement fertiles. » 

Gautier Roussihle

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Article rédigé pour Museum Connections par Laura Cyril Leclerc,  COMMUNICANT.INFO