Engager et agir — Quel rôle pour les musées dans le soutien des communautés face aux défis mondiaux ?

Les musées sont reconnus pour être une formidable plateforme de réflexion, d’expression, d’interaction et d’action sociale. Ils sont fortement ancrés dans une politique territoriale, économique, culturelle et sociale. Allant au-delà de leur neutralité, les musées abordent les questions d’actualité de différentes manières. Ils sensibilisent leurs visiteurs à travers les collections, les expositions, ou par exemple en devenant une institution militante. Ils favorisent une plus grande cohésion sociale en s’engageant avec les communautés indigènes, les mouvements de base ou simplement avec leurs voisins et visiteurs. Dans une société qui manque d’espace physique, démocratique et intellectuel pour grandir, le musée développe des relations profondes de confiance et de collaboration, pour devenir cette entité civique capable de changer nos sociétés, en travaillant avec les individus. Modératrice : Diane Drubay, Chargée du programme, Museum Connections (France) Intervenants : – Annesofie Norn, Chargée d’expositions, UN Live Museum (Danemark) – Sylvie Zaidman, Directrice, Musée de la Libération de Paris — musée du général Leclerc — musée Jean Moulin (France) – Florence Schechter, Fondatrice, Vagina Museum (Royaume-Uni) – Ai Jingfang, Secrétaire général adjoint, Association des musées chinois (Chine)

Un nouveau musée mondial

Annesofie Norn, Chargée d’expositions, UN Live Museum (Danemark) « Nous sommes là pour changer le monde », voici comment AnneSofie Norm démarre son intervention. « Nous pouvons créer, ce que nous imaginons. Mais nous faisons face actuellement à une crise de l’imagination. UN Live Museum part à la rencontre des communautés locales à travers le monde et met en lien la créativité et la culture, en connectant les populations. La question principale est « comment les musées peuvent-ils connecter les gens ? ». L’objectif est de trouver cette connexion entre les personnes et de là, mener vers des changements majeurs pour le monde. La complexité est de mener des changements globaux, à l’échelle locale partout dans le monde ! La solution : le musée peut disposer d’un visage. Il faut accepter d’être surpris et d’être ensemble. IN live Museum anime des projets locaux à travers le monde. « Penser — Rêver — Faire » Voici quelques exemples : au Brésil dans le cadre de My Mark : My City, le Musée de Demain a organisé un événement pour 30 écoliers locaux. Imagina 2030 avait prévu des jeux et des activités pour les aider à visualiser ce que représenterait un avenir durable pour leur ville. Ce type d’activités aide vraiment les jeunes à aller au-delà des scénarios apocalyptiques du désastre du changement climatique. Imaginez si les musées du monde entier lançaient des programmes comparables pour faire travailler l’imagination des jeunes, dans tous les pays et sur tous les continents. À Amman, en Jordanie, la population est l’une des plus jeunes au monde. Et si ces jeunes avaient les moyens de rendre leurs villes durables et plus agréables à vivre ? Ce projet pilote pour My Mark : My City a été lancé et dirigé par la créatrice jordanienne Zain Tarawneh. Zain a constaté que de nombreux jeunes jordaniens « avaient de grandes incertitudes sur leur avenir », et c’est cette tendance qu’elle souhaitait inverser. Le projet a pour but d’impliquer les lycéens et les étudiants dans la lutte contre le changement climatique en les mobilisant et en leur donnant les moyens d’agir. À l’issue de ces trois journées, les étudiants ont « présenté » leurs idées pour rendre la ville d’Amman plus durable devant un panel de juges. Museum for the United Nations — UN Live soutient maintenant les étudiants gagnants pendant trois mois dans leurs efforts pour concrétiser leurs idées. L’un des premiers projets est un jardin durable sur un toit à Amman, créé et entretenu par les étudiants. Les Nations Unies croient au musée comme un moyen de connexion.

Un musée emblématique de la libération

Sylvie Zaidman, Directrice, Musée de la Libération de Paris — musée du général Leclerc — musée Jean Moulin (France) Ce musée se veut un pont entre le passé et le futur. En 1994, pour le cinquantième anniversaire de la Libération de Paris, le musée Jean Moulin et le mémorial du maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris ont été inaugurés dans des locaux situés au-dessus de la gare Montparnasse, sur la dalle Atlantique. Cependant, la localisation, le manque de visibilité depuis la rue et les difficultés d’accès n’ont pas permis le développement de la fréquentation des visiteurs. Le déménagement est l’occasion pour le musée de faire peau neuve, avec un nouveau site, un nouveau parcours et une programmation nouvelle. Pour le 75e anniversaire de la Libération de Paris, le musée de la Libération de Paris — musée du général Leclerc — musée Jean Moulin ouvre ses portes dans son nouveau site place Denfert-Rochereau. Il raconte l’histoire de la libération de Paris à travers deux personnages principaux : Le Général Leclerc et Jean Moulin. Le projet de réouverture du musée s’est articulé autour de 3 piliers : – L’architecture – La Muséographie – L’histoire ou comment être plus en relation avec les publics : que voulons-nous dire aux visiteurs ? Et comment le leur dire de la meilleure façon ? Le musée est aujourd’hui considéré comme un lieu de connaissance historique en faisant un lien entre aujourd’hui et le passé. Il a un rôle à jouer dans l’éducation à la citoyenneté. La solution : Un accent particulier a été mis sur la médiation pour rendre l’histoire accessible à tous les publics. Les objets exposés permettent au public d’entrer dans un contact intime avec une personne (le fauteuil ou les skis de Jean Moulin), d’aborder une action ou un fait d’armes (la victoire de Leclerc à Koufra), de comprendre, grâce aux cartes animées, l’espace-temps de la guerre. Des cartes interactives incitent à aller plus loin sur une thématique, comme la Résistance ou la persécution des Juifs. Nous voulions que le musée soit facile à comprendre pour toutes les générations.

Une nouvelle vague de muséologie

Florence Schechter, Fondatrice, Vagina Museum (Royaume-Uni) L’idée de créer un musée du vagin est venue à Florence Schechter il y a déjà quelques années. « Le principe est de donner aux femmes le pouvoir de mieux connaître leur corps. C’est une façon de rassembler les femmes, de créer une communauté de femmes, de leur redonner du pouvoir, et de les faire réfléchir à comment elles se perçoivent. Il existait un musée du pénis en Islande, mais pas de musée du Vagin. L’idée de la thématique est d’abord née sur Twitter, puis il est devenu évident que nous devions créer ce musée gynécologique. En 2017, j’ai eu l’idée de créer un musée du vagin. Tout a commencé par des événements pop-up en expos temporaires, pour lever plus de 60 000 euros pour créer cette institution. Notre mission : – Diffuser les connaissances et sensibiliser à l’anatomie et à la santé gynécologiques – Donner confiance aux gens pour parler des problèmes entourant l’anatomie gynécologique – Effacer la stigmatisation autour du corps et l’anatomie gynécologique – Agir comme un forum pour le féminisme, les droits des femmes, la communauté LGBT + et la communauté intersexuelle – Contester le comportement hétéronormatif et cisgenre. Le message semble porter ses fruits. »

Ouvrir la culture à tous : les musées en Chine

Ai Jingfang, Secrétaire général adjoint, Association des musées chinois (Chine) « Le nombre de musées en Chine ne cesse de grandir. Le 1er musée a été ouvert en 1905, mais 70 % des musées ont été créés ces 40 dernières années. Cela répond à plusieurs problématiques : – Celle de parler des communautés – De permettre aux uns et autres de se connaître – Le musée est aussi un “soft power” pour les villes et les régions La Chine essaie aussi de proposer de la diversité en invitant des expositions itinérantes en Chine, tout en exposant dans d’autres musées internationaux. Le musée est une façon d’ouvrir la culture à tous. Les musées chinois sont beaucoup financés par l’État, dans un contexte où l’économique est florissante. Mais les musées doivent aussi réfléchir à comment développer leurs ressources propres et faire mieux. »