Quelles sont les prochaines étapes de l’ouverture des données ?

Au cours de cette session, des experts du patrimoine culturel expliqueront comment ils mettent en pratique de manière créative les principes des données ouvertes.

Ils partageront des histoires et des stratégies sur la façon dont les partenariats et l’expérimentation peuvent amplifier la valeur des données ouvertes, ouvrir de nouvelles perspectives et ajouter de la valeur aux collections des musées.

Modérateur : Douglas McCarthy, responsable des collections, Europeana Foundation (Pays-Bas)

Intervenants :

Céline Chanas, Directrice, musée de Bretagne chez RENNES METROPOLE (France)

David Haskiya, Chargé de diffusion numérique, Swedish National Heritage Board (Suède)

Michal Čudrnák, Responsable des collections digitales, Slovenská národná galéria (Slovaquie)

Philippe Rivière, Chef du service numérique, Paris Musées (France)

Vincent Autin, Fondateur, Yunow (France)

Swedish National Heritage Board et la pratique de l’open data

David Haskiya, Swedish National Heritage Board

“À la Swedish National Heritage Board, nous travaillons avec une équipe de consultants pour tous les aspects numériques. Publier des données, à moins que vous soyez une très grosse entité, ne sera pas très révolutionnaire. Il faut l’englober dans une démarche marketing. Il est essentiel de disposer d’un programme cohérent sur son ouverture des données : si vous avez une grosse collection d’œuvres, il faut la rendre accessible via des API, les rendre téléchargeables.

L’outil doit être design et facile d’accès dans le module de recherche, pour améliorer l’expérience utilisateurs. L’application doit être pensée comme le développement d’un site web. Il faut que cela soit facile d’accès et d’utilisation. De plus, une application séparée de son site internet va aussi multiplier les coûts de maintenance. Il faut pouvoir l’anticiper. Les partenariats sont très importants dans ce développement, car ils démultiplient la visibilité de vos collections en ligne. (Wikipédia, YouTube, Dailymotion, Pinterest…) L’open data ce n’est pas seulement, partager ses collections, c’est aussi partager son expertise, son savoir, ouvrir le bâtiment en lui-même… Au-delà de la data en elle-même, il faut aussi savoir ce que nous pouvons en faire et de qu’elle manière créative allons-nous l’intégrer dans notre stratégie. L’ouverture des datas créée aussi une sorte communauté qui échange, partage autour de cette plateforme.

Les collections en partage, le défi de la numérisation des œuvres

Céline Chanas, musée de Bretagne chez RENNES METROPOLE

“Nous avons lancé le projet ‘des collections en partage’, il y a un peu plus de 2 ans, car nous avons plus de 700 000 pièces très variées de notre patrimoine au sein de notre musée. C’est aussi un projet stratégique qui fait partie d’un projet plus global de numérisation de nos collections. Il a fallu s’organiser d’un point de vue légal selon les œuvres. Les données sont en grande partie réutilisables, mais il a fallu faire parfois des contrats de réutilisation.

Nous voulions un outil puissant en termes de recherche avec une interface graphique simple et intuitive. À l’heure actuelle, vous pouvez retrouver 237 000 items sur la plateforme. Nous avons eu aussi des contraintes financières, de collaboration par rapport à la gestion du projet. Différentes raisons sont à l’origine du souhait du musée de pratiquer une politique d’Open Data : cette politique a pour enjeu de faciliter la méditation culturelle, de se tourner vers la proximité. Nous voulons amener les communautés à consommer les contenus culturels à travers des ateliers plus ludiques pour conquérir de nouveaux publics par exemple. C’est une nouvelle dynamique de visibilité du musée avec un gros objectif d’animation du réseau et aussi une évolution des métiers.”

Rendre le contenu et le savoir accessible à tous

Michal Čudrnák, Slovenská národná galéria

« Il ne faut pas seulement partager ses datas, il faut aussi inciter les gens à les utiliser. Nous sommes une institution publique, nous avons donc mis ces ressources à disposition gratuitement. L’Open content ou le contenu ouvert doit être pensé de sorte que le contenu soit facile à trouver grâce à une interface intuitive. Le catalogue doit avoir toutes les licences requises pour la diffusion et la réutilisation des œuvres, le respect du droit de la propriété intellectuelle peut constituer un autre obstacle à l’open data.

Dans un musée, l’exposition est axée sur la stimulation des sens et de l’émotion, les plateformes ouvertes en ligne sont, elles, mises à disposition pour l’utilisateur afin de leur apporter une nouvelle forme de médiation. Ainsi, notre objectif est de guider et d’informer les visiteurs dans l’utilisation du contenu, qu’il soit commercial ou non, réutilisable ou s’il faut effectuer des modifications, le télécharger…). Nous avons également mis en place une FAQ qui répond à bon nombre des questions. La plateforme donne une visibilité auprès d’un public que nous ne toucherions pas en temps normal. »

Open content : les collections des musées de la Ville de Paris en libre accès

Philippe Rivière, Paris Musées

“Chez Paris-Musée, 40 musées sont représentés, on retrouve y retrouve des musées contemporains, de l’historique ou encore des beaux-arts. Notre collection est très variée et représente plus d’1 million d’œuvres.

Nous avons lancé notre plateforme en ligne, il y a 8 jours, mais le projet d’open data, date d’il y a 3 ans. À l’instar des musées internationaux, Paris musées est la première institution française parisienne à s’emparer de l’open data, en proposant un nombre considérable de reproductions en haute définition. Nous avons fait appel à des photographes et à des agences de numérisation numérique, mais nous avons beaucoup fait par nous-mêmes également. Nous avons dû repenser nos manières de fonctionner, d’embaucher des personnes sur le projet… L’idée d’open data chez Paris-Musée est arrivée, car notre agence photo a disparu. Nous avons donc récupéré toutes nos photos et la question s’est posée de savoir ce que nous allions en faire. Nous avons donc pris le tournant de l’open data pour partager tout ce contenu. Dans ce projet, il faut en priorité aider le visiteur à trouver ce qu’il cherche via des moteurs de recherche, des filtres accessibles sur toutes les pages.

Pour les aspects techniques, il faut s’entourer, trouver les bons contacts dans son réseau, faire grandir son entourage pour mener à bien le projet. En une semaine, nous avons eu 885 000 pages vues. C’est donc à suivre, car nous n’avons pas de repères précis, mais ces chiffres nous paraissent très bons et encourageants.”

Yunow, une plateforme pour créer des outils de médiation numérique

Vincent Autin, Yunow.

Yunow est une start-up. C’est une plateforme pour créer des outils de médiation numériques. Vous pouvez réaliser des guides de visite, des plans interactifs ou encore des jeux éducatifs. Vos applications pourront être utilisées sur tous supports : web, mobiles, tablettes ou encore tables tactiles. Chaque institution peut créer sa propre application grâce à cette plateforme.

Le digital dans les musées est important, il permet une interaction avec les plus jeunes et leur côté éducatif attire les plus âgés. 250 musées ont déjà créé leur application via Yunow ! Au-delà de la création d’application clé en main, Yunow permet aussi de protéger les œuvres, notamment lorsqu’une partie d’entre elles est détruite ou très abîmée. Nous encourageons aussi les musées à diffuser leurs collections entre eux. Parmi nos clients, nous travaillons entre autres avec Gallica, BnF, la RMN leur en faisant un rapport régulier de leurs téléchargements, de qui télécharge, dans quel but… Notre objectif est de démocratiser l’accès aux données culturelles, comme un pont entre l’utilisateur et les bases de données. L’utilisation de l’intelligence artificielle dans le cadre de la médiation culturelle est au centre de nos objectifs. Nous savons que les musées font face à des enjeux financiers et humains importants et cela pourrait être l’une des solutions.”

Question du modérateur : L’open data permet d’en savoir plus sur ses visiteurs. Avez-vous eu des surprises en regardant vos statistiques en ce qui concerne l’utilisation finale, de diffusion géographique… ?

Céline Chanas : « Nous avons identifié nos contributeurs et nous essayons de les fidéliser au maximum en créant des programmes spécifiques. Nous avons recueilli leurs attentes et nous allons travailler dans ce sens. On retrouve des personnes qui viennent de très loin, nous ne croyons donc pas au fait qu’une plateforme en ligne va faire baisser la fréquentation du musée ! »