Rendez votre musée vert, de votre bureau à votre boutique

 

En tant que référent culturel, les musées ont un rôle majeur à jouer dans la révolution verte devenue une priorité de nos sociétés. Le musée peut agir pour faire de l’écologie la culture principale d’aujourd’hui et guider les visiteurs dans cet état d’urgence dans lequel nous sommes. Les musées peuvent devenir des agents de la révolution verte et agir contre le réchauffement climatique devenant un modèle de pratiques durables, en sensibilisant l’opinion aux problèmes climatiques actuels, en changeant leurs propres comportements et priorités. Cette session se concentrera sur ce que le musée peut faire pratiquement pour être plus responsable envers l’environnement à travers ses bureaux, la production d’expositions, les relations avec les partenaires, les produits consommés ou vendus, etc. 

Les intervenants:

  • Jeanine Aalfs, Responsable Boutiques, Tropenmuseum, Afrika Museum, Museum Volkenkunde (Pays-Bas)
  • Marianne Lesimple, Responsable des Ventes et du Marketing, RMN-Grand Palais (France)
  • Philine Hofman, Responsable Boutique et Merchandising, Rijksmuseum (Pays-Bas)

De nouveaux types de marchandises pour votre musée dans une démarche écoresponsable

Philine Hofman, Rijksmuseum

« Si vous souhaitez devenir écoresponsables dans votre musée, il est important que l’ensemble des entités en fasse une priorité.

Au Rijksmuseum, nous avons déjà engagé ce tournant il y a plusieurs années après l’obtention d’un certificat où nous avons obtenu 4* “BEST PRACTICE IN SUSTAINABLE DESIGN AND OPERATION”. Pour rendre votre musée vert, vous devez passer par un management et un “règlement” rédigé par la direction qui place l’écoresponsabilitéau centre des objectifs de l’institution.

Cela passe en particulier au niveau du merchandising avec :

– Le transport des marchandises qui doit être réduit, et en favorisant les fournisseurs locaux. Il faut également penser à de nouveaux moyens de transport (par exemple : train au lieu de containers).

– L’énergie, en utilisant par exemple des lampes LED qui consomment moins.

– Les matériaux utilisés : bambou, bois, matériaux recyclés…

– La gestion des déchets, en minimisant au maximum les pertes en matière de packaging. Ne plus utiliser plusieurs couches d’emballages et préférer les matières recyclables.

Au Rijksmuseum, nos trois priorités pour nos visiteurs et pour nous-mêmes sont les suivantes :

  • La baisse de production des déchets
  • Réduire la consommation d’énergie
  • Augmenter notre ouverture d’esprit à l’environnement

Cet objectif apporte également de nouvelles opportunités business, avec par exemple, des designers qui utilisent des matériaux usés pour produire de nouvelles pièces. »

La boutique : le prolongement de l’expérience de visite et d’une image durable de l’exposition

Marianne Lesimple, RMN-Grand Palais

« Je souhaiterais commencer tout d’abord par ce chiffre : 60 % des Français pensent que les entreprises ont plus d’impact que le gouvernement sur les enjeux environnementaux.

Dans nos musées, la supply chain a été repensée à chaque étape pour devenir plus écoresponsable avec des transports plus responsables, des fournisseurs locaux, la gestion des déchets et des packagings…)

Il est également important d’apposer sur les produits les différents labels pour que le client final soit informé de nos mesures et d’accroître son impact.

Concernant la gestion des déchets et du packaging, nous essayons d’agir directement auprès des fournisseurs pour les informer de l’impact et d’agir au plus haut niveau.

Pour être efficace, et rendre notre musée vert, il faut impliquer tous les départements ! Avoir des objectifs concrets et mesurer leurs effets. »

Producteurs locaux, art shopper, label : les actions écoresponsables des musées

Jeanine Aalfs, Tropenmuseum, Afrika Museum, Museum Volkenkunde

« Il faut regarder le panorama des actions écoresponsables possibles et choisir celles qui correspondent le mieux à son institution et à ses moyens.

Nous supportons les entreprises locales au début en achetant de petites quantités. Les produits se vendent très bien, nous adaptons et augmentons au fur et à mesure les quantités. Le challenge est de trouver des partenaires écoresponsables ou prêts à s’engager dans cette direction !

En collaboration avec Daily Paper, nous avons créé des bracelets vendus en ligne par milliers. Nous faisions donc le pont entre Daily Paper et nous, pour promouvoir la création de ces bracelets créés par des communautés locales. L’initiative a pour but de créer de l’emploi dans la province du KwaZulu-Natal dans la zone rurale autour de Durban, en Afrique du Sud. Les bijoux s’inscrivent parfaitement dans l’ADN de la marque qui connecte ses origines africaines avec sa passion pour la mode contemporaine. »

QUESTION/RÉPONSES

Comment avez-vous implémenté ces actions qui ne sont pas forcément une prolongation de la visite d’un musée ?

Ariane Lesimple :

« Les comportements ont changé, maintenant les visiteurs vont sur internet, se renseignent, vont ensuite au musée, et peuvent ensuite revenir sur le site Internet plus tard après leur visite. Nous travaillons beaucoup sur Internet pour promouvoir justement ces actions. »

Philine Hofman :

« Il faut identifier ses clients et leurs besoins. Nous vendons beaucoup de produits différents qui répondent à leurs besoins. Sur site, c’est plus un souvenir de leur visite, sur Internet nous pouvons vendre des produits plus larges, des séries limitées… C’est une approche différente. »

Ariane Lesimple :

« Les gens sont en recherche de produits culturels et ceux vendus par les musées ont une valeur particulière, car ils ont la légitimité d’être présent dans tel ou tel musée reconnu. »

Jeanine Aalfs :

« Pour nos bracelets produits en Afrique du Sud, ils racontent une histoire, une approche patrimoniale. Nous pouvons donc les vendre en ligne et pas forcément dans la boutique même du musée. C’est un autre moyen de consommer et de raconter l’histoire du produit. »

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Ariane Lesimple :

« Il y a beaucoup de moyens de rendre son musée vert, chacun le fait à sa manière avec ses propres moyens, mais chacun devrait le faire.

Pour la nouvelle génération, c’est quelque chose qui leur paraîtra normal, ils n’auront pas le choix. Il faut donc les préparer à ce futur.

Jeanine Aalfs :

“Nous avons l’exemple d’une entreprise qui produit des écharpes avec des textiles destinés à la poubelle. C’est l’un de nos best-sellers.Nous racontons l’histoire de ce produitet c’est important que les visiteurs soient au courant de son histoire pour être conscients de sa valeur.”

Mariane Lesimple :

“Quand nous expliquons la provenance et la valeur écoresponsabled’un produit, les clients sont plus à même de les valoriser et de les acheter.”

Philine Hofman :

“Le storytelling à une part importante, cela peut changer votre boutique et la valeur de vos produits, votre image.”

Question : J’ai un produit très esthétique, vendu en édition limitée qui doit être protégé tout en laissant paraître son esthétique. Comment faire ?

Mariane Lesimple :

“Lorsque le produit n’a pas l’utilité du plastique, il faut l’éviter. S’il en a besoin, vous pouvez le garder, il faut seulement le faire de manière responsable !”

Philine Hofman :

“Si vous utilisez du plastique essayer de l’utiliser recyclable. Le plastique en lui-même n’est pas le problème, le problème c’est son recyclage, il faut penser au ‘cycle’.”