Soigner & Soutenir, comment le bien être tisse des Liens entre Musée & Communautés locales

Alors que les espaces manquent et que les individus sont à la recherche d’interactions humaines toujours plus significatives et transformatrices, les musées apportent inspiration, bien-être et soutien aux publics dans toutes leurs diversités. Que ce soit à travers des séances de yoga ou de méditation, ou des programmes pour soigner les patients atteints de démence, les musées travaillent intensément avec les organismes locaux sociaux ou médicaux pour mettre leurs collections au service du bien-être.

À l’instar du Canada, où pour la première fois au monde, des patients atteints de maladies mentales ou physiques peuvent recevoir une prescription et ainsi aller voir gratuitement des expositions au Musée des beaux-arts de Montréal, depuis le 1er novembre 2019, d’autres initiatives de musées permettent aux visiteurs et aux communautés locales de tisser des liens plus ou moins forts avec les musées.

Les intervenants:
– Ronan Brindley, Directeur de l’apprentissage et de l’engagement, Manchester Art Gallery 
– Estelle d’Almeida, Chargée du Projet Art Détox, Project Manager Art Détox, Centre Pompidou
– Elisabeth loannides, conservateur de l’éducation et Αrt Psychothérapeute, National Museum of Contemporary Art of Athens –

Le rôle des musées dans l’accessibilité à la culture pour ses communautés locales

Ronan Brindley, Directeur de l’apprentissage et de l’engagement, Manchester Art Gallery « La Manchester Art Gallery a un rôle social depuis ses débuts : rendre accessible la culture aux habitants de Manchester et en faire un lieu culturel, “malgré” le background industriel. À la suite d’une enquête de satisfaction des visiteurs, on remarque que 30 % des visiteurs viennent au musée dans le but de se relaxer et de se détendre. Un programme de bien-être avec des événements grand public a été lancé : les gens viennent au musée, écoutent de la musique en regardant les œuvres, et peignent eux-mêmes, inspirés par l’art autour. Ce programme a eu un grand succès. Le public était très diversifié. L’idée est d’en faire une offre permanente : dédier un hall entier au bien-être, avec des espaces vides, du mobilier adéquat au repos et uniquement 9 tableaux propices à la médiation et à la réflexion. Nous nous sommes aperçus que grâce à ce dispositif, les visiteurs regardent un tableau environ 30 min, au lieu de 17 secondes habituellement. Enfin, nous proposons une application qui les accompagne pour se détendre et respirer. À ne pas confondre avec une application qui propose un accompagnement pédagogique, ce n’est pas le cas ici puisqu’apprendre l’histoire de l’art n’est pas le but de cet espace. Les retours de cette expérience sont largement positifs, mais il y a eu aussi quelques critiques. En voici les quelques retours et conclusion que nous avons pu en tirer : • Souhait de se connecter avec la société et de créer des partenariats avec des experts médicaux ou le milieu associatif (ex. : une “health clinic” installée dans leur galerie pour réduire la dépression postnatale des mères par l’art). • Tous les services d’un musée peuvent finalement être touchés par la thématique du bien-être, du service éducatif vers le service d’exposition, etc. »

Proposer une expérience de visite multisensorielle dans son musée.

Estelle d’Almeida, Chargée du Projet Art Détox, Project Manager Art Détox, Centre Pompidou Par le programme Art Detox, nous souhaitons répondre à plusieurs questions : – Comment faire venir plus de monde au musée ? – Comment changer la perception des collections ? – Comment attirer un nouveau public ? – Comment présenter le musée comme espace vivant ? – Comment présenter la pluralité des possibilités de rencontrer l’art ? L’objectif est de se défaire de l’idée que le musée est exclusivement un « lieu de savoir », en le découvrant autrement grâce à une expérience de visite multisensorielle, délibératrice et moins intimidante. Une fois par mois, le Centre Pompidou invite les visiteurs à une matinée « Art détox », pour expérimenter la création par les sens. Le projet est organisé en 3 étapes : avant l’ouverture au public, le musée propose une visite détoxifiante, alliant expérience corporelle et contemplation, proposée par deux praticiens de l’école Zhiroujia qui initient aux postures du Qi-Gong, de la sophrologie, du yoga et du Reiki. L’objectif est de libérer le corps de tensions, focaliser l’esprit sur l’œuvre et créer des émotions pour être plus attentif à l’art. Place ensuite à un « workshop sensoriel » pour rendre les sens plus ouverts à l’art et interpréter les œuvres autrement. Les pratiquants échangent sur les enjeux de l’art moderne et contemporain autour d’une réinterprétation de l’œuvre phare de la matinée sous forme d’un cocktail pensé et réalisé par le mixologue Maxime Potfer, en partenariat avec L’Expérimental Cocktail Club. La matinée se poursuit par une conférence inédite (ouverte à tout le monde) conduite par un historien de l’art : présentation d’une « œuvre du jour » selon des thématiques sociétales (art et création peuvent être partout dans la vie quotidienne, donc tout le monde peut les expérimenter). Le programme Art Detox ne propose pas d’art thérapie. Nous ne disposons pas de médecins dans l’équipe. En résumé, voici le cadre du programme « Art détox » : chaque mois, avant 10 h (fermeture au public, donc musée calme et vide), durée 4 h, chaque groupe passe 1 h devant une œuvre d’art, prolongation du programme avec le Centre Pompidou en podcast.

L’Art Thérapie dans les musées

Elisabeth loannides, conservateur de l’éducation et Αrt Psychothérapeute, National Museum of Contemporary Art of Athens (GR) « Dans un contexte économique qui ne nous permet pas forcément assez d’espace et de temps pour la créativité, nous utilisons l’Art Thérapie comme moyen d’expression individuelle des patients. “Exploring the museums images, exploring my image” Le contact avec l’art, renforce le bien-être social et mental, augmente le contact social et la créativité tout en favorisant l’enthousiasme et la confiance et ainsi réduire la dépression. Notre objectif est de reconsidérer la thérapie traditionnelle dans un contexte non stigmatisant. Le Musée national d’art moderne d’Athènes s’est associé en 2017, à la clinique psychiatrique de l’Université d’Athènes pour implanter un programme de thérapie de groupe dans le musée. Aujourd’hui, le programme fait partie du musée de manière permanente. Il s’agit du premier programme mondial d’art thérapie, ouvert à un type de patients non spécialisé. Le musée est le cadre pour la thérapie, mais aussi un studio de création pour les propres œuvres d’art des patients. En résumé, voici le cadre du programme : durée 3 mois, 12 h par semaine. Nous avons collaboré avec des associations locales pour reconnecter les gens exclus de l’art et de la culture à celle-ci afin de réduire les stigmatisations.